HISTOIRE D'UN RELAIS SUR UNE ROUTE DU SEL


Cet établissement est un ancien magasin à sel, d'où son nom "Relais des Salines". Son édification date du XVIIè siècle, période de troubles et de guerres fratricides, commençant pour cette province d'Europe, la Franche-Comté, par une indépendance prospère et légitime et se terminant par le rattachement à la couronne de France sous le règne de Louis XIV en 1678. Dans l'Europe antique puis médiévale, des relais ou " mansions " étaient disposés le long des routes importantes à trafic régulier. Ceux-ci étaient distants d'environ 18 kilomètres (100 stades dans l'Antiquité), distance imposée par la traction animale et également par l'homme à la marche en une journée. Ces établissements faisaient office d'hôtellerie, d'auberge, mais aussi de contrôle, de surveillance et de sécurité. L'histoire des relais est liée à celle de la route et des voies de communication. Tout transitait par eux : marchandises, techniques, colportages, courriers et, immanquablement, le soir autour du feu, s'attisaient les conversations autour des rumeurs, des informations ou des légendes et autres racontotes... Mais la principale fonction des relais, aujourd'hui oubliée, était le transit du sel. Cette denrée nécessaire à la vie a été déterminante pour le tracé et l'aménagement des routes. Avant de mener à Rome ces routes menaient au sel. Pas de sédentarisation, donc pas de vie sans sel. Paradoxalement, la recherche et le convoiement de cette matière première ne s'est pas faite pour des raisons matérielles ou physiologiques, mais pour des raisons religieuses. En effet, dans nos pays, le sel est d'usage dans l'acte du baptême. Ceci remonte à des coutumes très anciennes. Probablement, le sel cet or blanc devenu très tôt monnaie d'échange, avait chez nos lointains ancêtres celtes la valeur de sacré. Dans notre langage le mot sel se retrouve dans le mot " salaire " ou dans l'expression bien significative de : " facture salée " Le circuit du sel, extraction, convoyage, stockage et distribution était bien entendu contrôlé par les autorités religieuses et civiles. Cela laisse supposer un trafic très organisé, contraint ici et là par la situation géographique donc politique de notre région. Une route antique attestée depuis 500 avant J.C. et venant de Salins-les-Bains, lieu d'extraction du sel, se dirigeait vers la cluse de Pontarlier traversant les monts du Jura. Cette route est encore visible dans la forêt de Joux, mais la piste devait être tracée bien avant. Cette voie a été longtemps le seul passage important qui traversait les monts du Jura par la cluse de Pontarlier. Venant de Joux Mt Roland (près de Dole), cette voie passait par la forêt de Joux, empruntait la cluse de Mijoux, (au pied du château de Joux), Jougne pour traverser la Jougnenaz, seule rivière du secteur à se jeter dans le Rhin. Le mot " Joux ", très commun dans le Jura, signifie " Passage ", le lien et non << forêt >>, comme l'affirment péremptoirement les historiens français ! L'étude détaillée du terrain nous indique que l'itinéraire emprunté n'était pas forcément le plus pratique. Ce choix était-il déterminé par des raisons obscures, religieuses ou par un peuple, une ethnie, tels les Mandubiens* ? Cette peuplade était-elle chargée du contrôle et obéissait-elle à un certain rite inculqué depuis des lustres ? Cette route, suivait elle les rares points d'eau dans le massif du Jura ? Mais l'un n'empêche pas l'autre. Quoi qu'il en soit, une déviation plus pratique a été utilisée au XVIIè siècle et celle-ci est à l'origine du relais où nous sommes. A l'arrivée sur le plateau de Pontarlier, une halte et un ravitaillement s'imposaient. A cette époque le trafic commercial était intense. Après la conquête française de 1678, cet établissement a fatalement servi de point de contrôle aux préposés de la " gabelle ", impôt du roi sur le sel. La mise en œuvre de la Saline Royale d'Arc et Senans a officialisé une nouvelle fois la fonction de ce relais. Puis, le régime est tombé avec le roi. Le symbole lié au sel et son caractère précieux et sacré, aux valeurs intrinsèques disparurent. Mais le relais subsista grâce à sa situation géographique. Il survécût aux guerres napoléonnienes puis vendu à la commune de Chapelle d'huin, l'établissement fût certainement confié à des métayers aubergistes. Ensuite, début du XIXe siècle, lentement mais sûrement, le cheval fut remplacé par l'automobile… Finis les relais pour chevaux et diligences. Une génération de paysans occupera encore les lieux en exploitant les champs avant que l'abandon laisse place à tous vents, y compris celui du hasard... Les vieilles pierres et l'histoire à l'époque ne suscitant que peu d'intérêt, l'immeuble fut pillé. Vendu par la suite à une famille des environs, ce bâtiment fut en partie rénové. Mais, de volume trop imposant (1000 m2) pour un usage privé, il fut revendu au propriétaire actuel. Ce dernier et son épouse dans un premier temps ouvrirent un gîte rural avec chambres d'hôtes, puis furent contraints de se professionnaliser. Vous voici donc à l' << AUBERGE RELAIS DES SALINES >> . Ce n'est que lors des travaux d'aménagement que votre aubergiste, soucieux de la filiation historique comprit la fonction de ce relais et le réhabilitera à la faveur de cette formidable et unique révolution pacifique qu'est l'avènement du tourisme.

(*):Mandubiens ou Mandoubiens habitants d'Alésia selon César, (Bello Gallico chap. 68 - livre VII) Traduit par :"Hommes du Doubs" selon l'étymologie la plus plausible. D'où la polémique sur la localisation et l'entité d'ALESIA… Le mot JURA signifiant : JOUR ou droits juridiques…ou Divins… . "Le mystère des Mandoubiens" Roman historique de Jean Claude Bonnot - ici -

ICI, EN ANNEXE soirées et séjours sur le thème: "ALÉSIA DES MONTS-JURA"

Sur la piste des MANDUBIENS (habitants d'Alesia) .

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Relais des Salines - RD72 - 25270 Chapelle d'Huin
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